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N. 30, Novembre - Décembre 2006
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 | PI et RDT: Articles
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La valeur et l’évaluation des brevets
Theo Grünewald
Dr.rer.nat Alexander Wurzer
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Ce document est le premier d’une série de quatre articles qui
constituent une introduction à la pratique thématique de l’«évaluation
des brevets». Au cours de cette série, nous expliquerons d’abord les
principes d’évaluation et identifierons différentes circonstances dans
lesquelles l’évaluation des droits de protection devient nécessaire. En
outre, nous présenterons différentes méthodes d’évaluation et
analyserons leur compatibilité avec l’évaluation des brevets. La
dernière partie de la série développera les aspects les plus problématiques de
l’évaluation des brevets.
Quelle est la valeur d’un bien? Dans le domaine de la gestion
d’entreprises, de longs et controversés débats ont eu lieu concernant
cette question, qui à première vue semble relativement insignifiante.
Une hypothèse communément admise suggère que la valeur d’un
bien correspond à son prix. Cela signifierait, alors, que la valeur de tout
bien pourrait être déterminée succinctement et pourrait être applicable à tous.
Si cela était vrai, d’où viendraient alors les expressions telles que
«j’ai fait une affaire» ou «c’est trop cher»? Si le prix et la
valeur coïncidaient, de telles phrases n’auraient aucun sens.
Le prix n’est que le résultat de négociations entre deux
parties: l’acheteur et le vendeur du produit. Ces deux parties ont un
seuil auquel ils peuvent parvenir à un accord pour la transaction. Le vendeur
n’acceptera pas un contrat de vente au-dessous d’un certain prix
et l’acheteur n’acceptera pas un prix au-dessus d’un
certain montant. Si le prix plafond de l’acheteur est plus élevé que le
prix de vente le plus bas, le contrat sera conclu. Le niveau du prix final ne
dépend que de la position et des capacités de négociation des personnes
impliquées. A l’heure de déterminer les prix plafonds d’un
brevet, les deux parties doivent prendre en compte la valeur d’une
certaine somme d’argent et celle du droit de protection pour la vente.
Supposons maintenant que les deux parties agissent de façon rationnelle, ils
tenteront de déterminer la somme qui rendra la transaction fructueuse. Par
exemple, l’acheteur d’un brevet peut s’attendre à un
bénéfice plus important en investissant une certaine somme dans un brevet
qu’en investissant la même somme ailleurs. L’acheteur inclura
dans cette estimation tous les gains supplémentaires ou les frais économisés
auxquels il s’attend en achetant ce droit de protection. Le schéma 1
montre certains éléments de cette valeur et indique - sans prétendre à une
exhaustivité totale - les mécanismes possibles pour la réalisation de la
valeur.
Éléments de valeur
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Possible mécanisme de réalisation de
la valeur
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Maintien du monopole pour une durée déterminée
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Seul le titulaire du brevet est autorisé à utiliser
l’invention couverte par le brevet, ce qui peut lui permettre
d’obtenir une rente de monopole.
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Augmentation du chiffre d’affaires et des bénéfices
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L’invention génère des bénéfices plus importants pour
les utilisateurs que les produits compétitifs. Un prix de détail plus élevé est
justifié.
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Concession de licences
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Des licences peuvent être concédées à des tiers. Ainsi, des
revenus supplémentaires peuvent être générés. Des licences croisées permettent
un accès rentable à d’autres technologies.
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Édification de barrières à l’entrée sur le marché
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Les brevets compliquent davantage l’entrée de
nouveaux concurrents sur le marché. Les frais de maintien des parts de marché
diminuent.
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Amélioration de la notoriété technologique
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Améliorer la notoriété technologique peut servir à des fins
promotionnelles. C’est également un signe positif pour le personnel
(éventuel), les investisseurs ou les partenaires de coopération.
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Schéma 1: Éléments de valeur des brevets
Le schéma indique clairement que la valeur d’un brevet ne
correspond pas nécessairement aux frais encourus pour acquérir le droit de
protection et l’invention concernée. Les coûts reflètent uniquement la
somme d’argent dépensée jusqu’ici pour la préparation du brevet.
Dans des circonstances idéales, ces coûts sont réellement plus bas que les
futurs gains attendus – ainsi le titulaire ne subit aucune perte
– mais ils n’ont pas d’influence sur ces gains.
Les observations décrites ci-dessus sont bien connues dans le
contexte d’évaluation d’entreprises. Dans cette discipline, le
caractère favorable de l’achat ou de la vente d’une société est
également évalué par le biais de comparaison avec d’autres alternatives.
L’évaluation d’entreprises offre une série d’instruments
pour aborder la nature problématique de l’évaluation. À l’heure
d’évaluer les brevets, ces instruments doivent être utilisés car aucune
différence ne devrait être faite dans cette approche, indépendamment du fait
qu’il s’agisse de l’ensemble d’une entreprise ou
simplement d’une division plus réduite. À cet égard, l’évaluation
des brevets est une forme particulière d’évaluation des entreprises et
par conséquent, repose sur les mêmes principes.
Dans ce contexte, quelques conclusions fondamentales applicables à
l’évaluation des brevets peuvent découler des explications ci-dessus:
- La valeur d’un droit de protection dépend toujours des
possibilités individuelles de l’évaluateur. Cela signifie que la valeur
du brevet est toujours subjective.
- L’évaluation des brevets comprend toujours la comparaison
de divers programmes d’action.
- La valeur du brevet est fondée sur le bénéfice économique futur
que l’on peut attendre de la position de titulaire du droit de
protection.
- L’évaluation suppose un système d’objectif
financier pur. Des motivations non pécuniaires, telles que l’acquisition
de pouvoir, la réalisation de soi ou le prestige, ne sont pas prises en
considération.
Dans la pratique de l’évaluation de brevets, souvent le
destinataire de l’évaluation, à savoir la personne qui souhaite
connaître la valeur d’un brevet, et le sujet de l’évaluation
diffèrent l’un de l’autre. Les banques ou les administrations
fiscales, par exemple, pourraient être intéressées par connaître la valeur
qu’un brevet ou qu’un portefeuille de brevets possède vis-à-vis
d’une entreprise. Souvent, les informations concernant les paramètres
inclus dans l’évaluation subjective, telles que des actions planifiées,
ne sont pas disponibles auprès du destinataire de l’évaluation ou ne
sont pas vérifiables. Dans ce cas, la valeur objective est déterminée. Cette
valeur repose sur des informations d’entreprises existantes et
vérifiables et n’inclut aucun programme d’action concernant
l’évaluation.
Schéma 2: valeur des brevets subjective et objective
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